Le coucou à la plume d’argent


 

Le printemps s’installe et avec lui la nature se réveille. C’est alors que pour la première fois de l’année vous entendez le chant du coucou. Bienheureux, ceux d’entre vous qui, à cet instant, possèdent en poche quelconque pièce de monnaie et sont à jeun. Car, dans ce cas précis, un dicton bien connu dans le nord-Cotentin vous promet bourse pleine toute l’année. Pour les autres, ceux qui ont les poches vides ou ne sont pas à jeun, le premier chant du coucou vous annonce bourse plate…


C’est là, le moindre des présages du coucou. Il exista au début du siècle dernier, dans le canton de Bricquebec un coucou ayant une plume d’argent. Bien sûr ce coucou chantait, annonçant bonne ou mauvaise fortune, comme tout oiseau de son espèce. Mais on raconte que chaque année, il choisissait le plus méritant et lui révélait la cache d’un trésor gardé par les goublins*. Les goublins ainsi libérés de leur charge** pouvaient satisfaire leurs projets d’évasion et on les soupçonnait parfois d’être les artisans orfèvres de la plume d’argent.


On raconte, que lorsque vous étiez choisi, le coucou se présentait un beau matin frappant du bec la fenêtre de votre maison. Il vous suffisait alors de le suivre et de creuser à l’endroit où sa plume d’argent tomberait. Le plus souvent, en bons normands, les bénéficiaires n’en faisaient pas état et gardez le trésor dans un recoin de la maison, derrière une pierre descellée, sous un plancher ou dans une cache du jardin.


Cependant, une riche fermière ayant grandes terres, belle propriété et nombreux serviteurs, plus avide que méritante se mit en quête de profiter des prodiges de l’oiseau. Chaque printemps, Elle le faisait chercher par ses gens à travers tout le pays. Mais l’oiseau ayant accompli son obole se confondait avec ses congénères jusque l’année suivante et il était impossible dès lors de le capturer. Pourtant une année, alors qu’il chassait les merles de nuit, les éblouissant avec une torche*** pour les attraper dans les arbres avec un filet au bout d’une perche, un des journaliers vit luire la plume d’argent et reconnut le fameux coucou. Il l’attrapa et le ramena à la mégère espérant bonne récompense. Celle-ci consentit de lui laisser les merles qu’il venait d’attraper sur sa terre et le renvoya.


La fermière attacha un long fil à la patte de l’oiseau et se mit à battre la campagne. L’oiseau cherchant à s’échapper volait en rondes autour d’elle, retenu par son entrave. L’avide normande espérait que le coucou perdrait sa plume d’argent, mais elle ne tombait pas. Le soir revenant au logis, elle l’enfermait dans une cage et le lendemain reprenait sa quête. Le printemps passa mais le coucou ne perdit pas sa plume, alors, à défaut de trésor, elle la lui arracha en petite compensation. Le coucou resta emprisonné dans sa cage en prévision de l’année suivante.


Mais l’année suivante, la plume d’argent n’eut point repoussé alors la fermière le relâcha. Peu de temps après, elle apprit la bonne fortune soudaine d’un simple commis du village voisin. Jalouse, envieuse et en colère elle rumina sa vengeance jusqu’au printemps suivant. Elle employa alors plus de gens que de raison et les envoya à la recherche de l’oiseau. Ce dernier finit par se faire repérer et capturer. Livré à la fermière, celle-ci lui arracha sa plume et le tua. Mais la plume ne suffit pas à compenser l’argent qu’elle avait dépensé pour payer ses gens. Son acte meurtrier fit grand bruit dans tout le pays, lui attirant le dédain de tous. Des dizaines de coucous chantèrent alors, toute une journée durant, autour de sa maison. Les goublins quant à eux, en représailles, rendirent ses terres incultes et ses bêtes infertiles. L’avidité et la jalousie de la fermière la conduisirent ainsi à la ruine.
 

Depuis lors, on n'entendit plus parler de coucou avec une plume d’argent. Toutefois si le hasard vous faisait rencontrer un oiseau aussi merveilleux, respectez-le, admirez-le, mais ne forcez pas le destin, les goublins veillent…


Régis Décarité

* Goublin est le mot en patois normand désignant le Gobelin en français.

** Les Goublins naissent avec la création d'un trésor. Ils ont la charge de le garder et de le protéger jusqu'au jour où celui-ci est découvert. Ils sont alors libres de partir découvrir le monde...

*** Ancienne pratique normande pour chasser merles, grives et pigeons. L'oiseau ébloui ne bouge pas et ne voit pas le filet qui vient vers lui.

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